
La distribution au campement de La Piste a été la plus importante de ce type organisée à ce jour en Haïti par le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
Ce n’était guère plus qu’une douche à l’aune haïtienne – à peine deux centimètres de pluie pendant la nuit – mais cela a suffi pour former de petits ruisseaux d’eau nauséabonde à travers les campements surpeuplés de la capitale dévastée et pour causer une brève coupure de courant tôt le matin au camp de base de la Fédération internationale qui jouxte l’aéroport.
La première véritable averse depuis le tremblement de terre du 12 janvier qui, selon les dernières estimations du gouvernement, aurait fait quelque 230 000 morts, n’a été qu’un avant-goût de ce qui pourrait se produire quand la saison des pluies démarrera sérieusement vers la fin du mois prochain.
“On peut enregistrer jusqu’à 50 mm de pluie en l’espace de deux heures”, déclare Michaële Gedeon, présidente de la Croix-Rouge haïtienne, qui précise que les précipitations s’accompagnent souvent d’inondations et de vents très violents.
Quant à la saison des ouragans dans les Caraïbes, elle est attendue dans maintenant moins de six mois.
Tout le personnel Croix-Rouge et Croissant-Rouge en charge des abris sait que nous sommes engagés dans une course contre le temps.
La Piste

Les résidents du campement La Piste se sont alignés des heures à l’avance en prévision de la distribution de bâches et de corde organisée le 13 février par la Croix-Rouge.
Dans le cadre de la plus grande distribution de matériel pour abris effectuée à ce jour par le Mouvement, quelque 5000 familles vulnérables ont reçu samedi des bâches goudronnées et de la corde dans le campement provisoire de La Piste, en plein coeur de Port-au-Prince.
Cette opération a été mise en oeuvre par la Croix-Rouge haïtienne avec l’appui de la Croix-Rouge américaine, de l’unité d’intervention d’urgence (ERU) des Sociétés nationales du Bénélux (Belgique, Pays-Bas et Luxembourg) et de la Croix-Rouge danoise.
Comme son nom l’indique, le campement de La Piste s’étend sur le site d’un aéroport aujourd’hui désaffecté. Il héberge actuellement au moins 20 000 rescapés du tremblement de terre installés sous des abris de fortune.
“La pluie nous a causé de sérieuses inquiétudes et nous a incité à ne distribuer qu’une bâche au lieu de deux à chaque famille, afin de ne pas épuiser notre stock”, explique Chris Darlington, chef de l’ERU secours de la Croix-Rouge américaine.
“Etant donné la très forte densité de population de Port-au-Prince, bâches et cordes constituent la meilleure solution en attendant des solutions plus durables”, poursuit-il. “Sur de nombreux sites temporaires, il n’y a tout simplement pas assez de place pour dresser des tentes.”
Les résidents de La Piste bénéficient heureusement de latrines et d’un système de drainage aménagés par la Croix-Rouge britannique.
Montagnes
Le jour de la distribution, des queues ont commencé à se former dès trois heures du matin, témoignant du besoin pressant d’équipements pour se protéger des éléments.
Les longues files sinueuses étaient surveillées par une trentaine de volontaires de la Croix-Rouge haïtienne et une douzaine de délégués étrangers.
“Nous sommes très heureux de pouvoir fournir un peu d’aide, mais les conditions sont vraiment très difficiles”, commentait Darlington.
“Nous aimerions faire davantage, mais nous ne pouvons pas nous permettre de distribuer les secours de manière anarchique. Nous appliquons une approche méthodique de l’assistance qui réclame du temps et de l’organisation. C’est un peu comme quand on est coincé dans un embouteillage. On voudrait aller plus vite, mais ce n’est pas possible.”
La semaine dernière – précisément le lendemain de l’averse –, une autre victoire a été remportée sur le front des abris avec la distribution de matériel et de secours divers à 410 familles vivant dans les montagnes qui surplombent Port-au-Prince. Les tentatives précédentes avaient échoué, car les camions ne parvenaient pas à escalader les pentes très abruptes de cette région.
Chaîne humaine

Des volontaires de la Croix-Rouge haïtienne chargent sur des brouettes du matériel pour abris et autres secours destinés à des familles vivant dans les montagnes escarpées qui surplombent Port-au-Prince.
“A cause des débris et de la pente, nous avons dû pratiquement former une chaîne humaine pour acheminer l’aide jusqu’au camp où nous savions se trouver des centaines de familles totalement démunies”, raconte Laurent Van Eeckhout, chef de l’ERU du Bénélux qui a mis sur pied la distribution avec le concours de la Croix-Rouge américaine.
“En accord avec les bénéficiaires, nous avions décidé de procéder à la distribution à l’endroit où la route carrossable se termine, à environ deux kilomètres du site”, poursuit-il. “Mais il fallait encore trouver le moyen d’aider les gens à ramener leurs secours jusqu’au campement. Chaque colis comprend deux bâches, des couvertures, des jerricans, des moustiquaires et des articles d’hygiène. Cela fait du poids.”
Par une chaleur écrasante même sur ces hauteurs, trente-deux volontaires de la Croix-Rouge haïtienne ont passé cinq heures à pousser des brouettes chargées à ras bord afin de retrouver les familles bénéficiaires à mi-chemin.
A ce jour, le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a distribué du matériel pour abris, y compris près d’un millier de tentes, à près de 110 000 personnes au total. Mais environ 1,2 million de sinistrés dorment toujours à l’extérieur, pratiquement démunis face aux pluies abondantes qui vont bientôt arriver et terriblement vulnérables aux risques sanitaires qui en résulteront.
Terrain
Si les agences engagées dans la fourniture de matériel pour abris parviennent à maintenir la cadence actuelle pendant un autre mois, plus de la moitié des personnes résidant dans des campements improvisés auront reçu une forme ou une autre de protection contre les pluies et jouiront d’un minimum d’intimité et de dignité.
Pour diverses raisons, les tentes ne sont plus considérées comme une solution viable.
“Les bâches en plastique constituent un matériel à l’efficacité éprouvée dans les situations de catastrophe”, note Gregg Mcdonald, chef de l’équipe de coordination du ‘shelter cluster’. “Combinées avec des systèmes de fixation adéquats et des matériaux de récupération, elles permettent d’aménager des abris très résistants et pratiquement étanches.”
Michaële Gedeon insiste sur l’urgente nécessité de trouver des sites où aménager des campements supplémentaires et plus sûrs.
“C’est absolument crucial”, affirme-t-elle. “Si nous parvenons à obtenir des terrains, nous avons au moins 5000 volontaires – la moitié de notre effectif national – qui sont prêts à les viabiliser en aménageant des réseaux de drainage et des égouts.”
En tout état de cause, la perspective que de très nombreux sinistrés en soient réduits à affronter la saison des pluies, puis celle des ouragans, avec pour seule protection des fournitures humanitaires d’urgence, des matériaux récupérés parmi les décombres, voire rien du tout pour certains, est extrêmement alarmante.
Bonnie Gillespie, Muriel Gavila et Alex Wynter à Port-au-Prince