Sherly Dalcé, 31 ans, et Yodley, son fils de 8 ans, sont parmi les personnes pour qui le départ volontaire du camp de Fondsable et la réinstallation sur le nouveau site aura été d'une grande aide.
La Fédération internationale des Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a entamé hier un processus de transfert afin de « décongestionner » le campement improvisé dans la banlieue de Léogâne, où 635 familles ont trouvé refuge après avoir perdu leur maison dans le séisme du 12 janvier.
Cette opération est la première du genre dans le cadre des interventions menées actuellement en réponse à la catastrophe.
126 familles ont été réinstallées par l’Unité d’intervention d’urgence (ERU) de la Croix-Rouge danoise dans un nouveau campement situé sur un terrain privatif donné par ces propriétaire et jouxtant l’ancien site.
Les 509 familles restantes ont pu choisir entre une tente familiale ou des matériaux de construction – bois, bâches en plastique et kit construction – et ont repris la route de leur ancien lieu d’habitation.Tout a été fait sur une base volontaire.
À Port-au-Prince, les Nations Unies ont identifié 21 sites susceptibles d’être utilisés pour décongestionner les campements, mais la pénurie de terrain rend les choses compliquées.
Un véritable marais
Le nouveau campement est situé plus haut que l’ancien, qui était inondé à chaque saison des ouragans.
« [Le site actuel] est un véritable marais », précise Peter Rasmussen, un des délégués de l’équipe d’intervention d’urgence de la Croix-Rouge danoise, qui a aidé le comité local de résidents à procéder à ce qui n’était autre qu’une évacuation.
« Pendant la saison des pluies, le terrain situé en contrebas, où les sinistrés ont installé leur campement, est alimentée en eau par trois sources différentes », explique Harold Dimitry Romulus, 28 ans, qui préside le comité et dont la famille a fait don du terrain sur lequel est installé le nouveau campement.
« Les anciens systèmes d’irrigation, qui ont été abandonnés, favorisent l’écoulement des eaux de pluies vers le bas de la pente, où une route a été construite. »
La saison des ouragans en ligne de mire
L’année dernière, la saison des pluies a débuté aux alentours du mois de février, selon Cimé Walkis, un homme de 35 ans, dont la maison a été endommagée, mais pas détruite, par le séisme.
« Les pluies ont été immédiatement suivies par des inondations. »
Harold Dimitry Romulus, qui a la double nationalité haïtienne et américaine et qui a servi dans l’armée américaine, ne vient à Haïti qu’en hiver. « Je suis venu en septembre. Je commençais à envisager de partir quand le séisme est survenu », dit-il. « J’ai décidé de rester et d’apporter mon aide. »
Harold Dimitry Romulus a perdu son commerce dans la catastrophe – un restaurant barbecue situé dans le centre de Léogâne – et ne peut compter que sur les revenus fixes qu’ils touchent durant les six mois qu’il passe aux Etats-Unis.
« Les gens sont venus de partout », explique-t-il. « Des fermiers, des chauffeurs de taxi, des charpentier – un vrai mélange. » Ils sont venus ici deux semaines après le séisme car l’aide ne parvenait pas là où ils habitaient.
Aujourd’hui, seule la moitié des abris faits de linge et de brindilles existe encore; ils devraient tous avoir disparu d’ici la fin de la semaine grâce à l’accord qui a été conclu avec leurs habitants pour qu’ils quittent volontairement le campement.
« Un kit destiné au creusement de rigoles d’évacuation des eaux de pluie a été distribué pour chaque dix nouvelles tentes dressées dans le nouveau campement », indique Peter Rasmussen.
La prochaine étape sera pour les équipes d’intervention d’urgence des Croix-Rouge française et finlandaise, qui gèrent le campement, d’installer des latrines.
La question essentielle de l’eau et de l’assainissement a été pleinement intégrée au processus de réinstallation des sinistrés dans le campement de Fondsable. Parallèlement, 5000 volontaires ont été placés en état d’alerte par la SNCRH et sont prêts à intervenir pour creuser et nettoyer les rigoles d’évacuation partout dans le pays pendant la saison des pluies.
Sherly Dalcé, 31 ans, et Yodley, son fils de 8 ans, sont parmi les personnes pour qui la réinstallation aura été d’une grande aide, voire a sauvé leur vie.
La jeune femme, dont le mari est décédé à Port-au-Prince et repose sous les décombres ou dans une fosse commune, n’a aucune ressource et est très inquiète pour l’avenir.
« J’ai une formation d’esthéticienne, dit-elle, mais j’ai dû abandonner».
Les profonds cernes qui marquent le visage de Dalcé disent tout de la souffrance et du stress qu’elle a endurés, mais pour l’heure, elle et son fils, sont en sécurité et à Häiti, en ce mois de mars, c’est un réel avantage.
De nouvelles tentes
Carmen Joseph, 34 ans, la nouvelle voisine de Dalcé dans le campement, est assise avec ses cousins, Jean et les deux Célidon, dans la nouvelle tente qu’ils partagent tous ensemble. Comme de nombreuses autres personnes dans ce pays qui est le plus religieux qui soit, elle s’est tournée vers Dieu quand le séisme est survenu.
« J’ai pensé que quoi que cela puisse être, c’était la main de Dieu et, alors que la terre tremblait et s’ouvrait sous mes pieds, je me suis mis à genou et j’ai prié ».
« Lorsque cela s’est arrêté, je me suis enfuie dans la campagne où j’ai passé dix jours à me remettre du choc auprès de gens que je connaissais. Ensuite, je suis venue ici. »
Carmen Joseph a perdu ses deux commerces dans la catastrophe – un étal de nourriture et un petit magasin de fournitures – mais ses proches sont en vie.
« Je sais que des gens ont perdu plus que moi », confesse-t-elle. « J’ai entendu à la radio que des familles entières avaient péri. »
L’absolue sérénité dont le peuple haïtien fait preuve tranche avec la menace de crise humanitaire que la saison des ouragans fait peser sur eux. Le pas qui a été fait cette semaine dans le Campement de Fondsable peut ou pas marquer le début d’une nouvelle ère à Haïti. La communauté humanitaire espère que cela sera le cas.
Mais le pays a besoin d’autres camps de ce type et elle en a besoin rapidement.
Par Alex Wynter dans le Campement de Fondsable, à Léogâne


