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Orages et violentes averses réveillent la peur en Haïti

Ce campement improvisé, qui s’étale devant le palais présidentiel en ruine, est le plus emblématique de ceux qui parsèment la capitale sinistrée.

Inondation sur le Champ de Mars.

En ce début de journée sur le Champ de Mars, une place du centre de Port-au-Prince où s’étale un des cinq principaux campements improvisés de rescapés du tremblement de terre du 12 janvier, des centaines de sinistrés attendent une distribution organisée par l’armée américaine.

Ils n’ont pas fermé l’oeil de la nuit et sont trempés jusqu’aux os suite aux violents orages qui se sont abattus dans la soirée sur l’agglomération et les collines environnantes, déversant des trombes d’eau pratiquement sans interruption pendant une douzaine d’heures.

Le Champ de Mars, où quelque 16 000 personnes sont entassées devant le palais présidentiel en ruine, est le plus emblématique des campements provisoires qui parsèment la capitale. Les statues des grandes figures du passé – Toussaint Louverture, Henri Christophe, Jean-Jacques Dessalines, Alexandre Pétion et le Marron inconnu – qui ont contribué à la libération des ancêtres des sinistrés sont encore debout, fièrement dressées parmi les misérables abris de fortune.

Eau boueuse

Au lendemain du jour que les météorologues retiendront peut-être comme ayant marqué le début de la saison des pluies 2010, les gens s’activent sur toute la place à évacuer l’eau boueuse qui s’est accumulée autour de leurs abris – et, parfois, à l’intérieur – pendant la nuit.

Par chance, les pluies n’ont provoqué ni inondations, ni glissements de terrain, et on ne déplore aucune victime dans l’agglomération. Toutefois, on rapporte que dans le campement de Terrain Golf, de loin le plus peuplé avec près de 40 000 résidents, il a fallu creuser à main nue des rigoles d’évacuation afin de limiter les dégâts.

A travers toute la capitale, les sinistrés installés dans des campements de fortune ont appliqué la tactique désormais routinière qui consiste à rester debout sous les bâches en tenant dans les bras enfants, vêtements et autres effets personnels jusqu’à ce que le déluge prenne fin.

Une rapide évaluation dans les camps les plus importants a fait ressortir au moins un point un peu encourageant: les bâches ont tenu et les misérables abris ne se sont pas effondrés sous le poids de l’eau.

“Pour ce que nous en savons, aucune bâche n’a cédé ici”, confirme Michel Louis, un ingénieur du génie civil mis à la disposition de la Fédération internationale par la Croix-Rouge haïtienne pour superviser l’aide humanitaire du Mouvement dans le campement d’Automeca, près de la base de la Fédération.

Toitures à pente

A Automeca, au moins, la plupart des abris ont été dotés de toits inclinés et non pas horizontaux.

Louis visite le site en compagnie de Jean Gilardi, chef de l’unité d’intervention d’urgence de la Croix-Rouge britannique qui assure depuis le début de l’opération des services d’hygiène et d’assainissement de masse dans ce campement qui compte près de 10 000 résidents. A chaque pas, on s’enfonce dans une boue gluante, mais les deux responsables affichent un moral au beau fixe: les latrines ont elles aussi résisté aux intempéries.

“Quand nous sommes arrivés ici juste après le tremblement de terre, nous avons immédiatement installé une soixantaine de fosses d’aisance préfabriquées”, explique Gilardi. “Ce type de latrines est couramment utilisé dans les situations d’urgence, mais il présente l’inconvénient d’être vulnérable aux inondations.

“Comme la saison des pluies s’approchait, nous avons entrepris de les remplacer par de petites cuves enterrées qui sont à peu près étanches. Nous en avons déjà aménagé huit et prévoyons d’en ajouter une cinquantaine dans les semaines à venir, ce qui portera le total des latrines à une centaine environ.”

Abris

Des abris d’urgence dans le campement improvisé d’Automeca, à Port-au-Prince, où une unité d’intervention d’urgence de la Croix-Rouge britannique assure depuis le début de l’opération des services d’hygiène et d’assainissement de masse à près de 10 000 rescapés du tremblement de terre du 12 janvier. (Photo: Alex Wynter / Fédération internationale)

Des abris d’urgence dans le campement improvisé d’Automeca, à Port-au-Prince, où une unité d’intervention d’urgence de la Croix-Rouge britannique assure depuis le début de l’opération des services d’hygiène et d’assainissement de masse à près de 10 000 rescapés du tremblement de terre du 12 janvier. (Photo: Alex Wynter / Fédération internationale)

La communauté humanitaire espérait que la plupart des sinistrés du tremblement de terre auraient pu quitter les campements surpeuplés avant le début de la saison des pluies, qui démarre habituellement vers le 1er avril. Cela ne sera pas le cas.

Cependant, la situation a commencé à se débloquer ces dernières semaines en ce qui concerne la délicate question des terrains. Des évaluations sont en cours sur deux des cinq sites sélectionnés par le gouvernement pour la réinstallation des sans-abri et, samedi dernier, on a officiellement inauguré un premier camp de transition, Santo 17. Aménagé à Croix des Bouquets sur une parcelle mise à disposition par les autorités locales, celui-ci accueillera environ 1400 personnes.

De son côté, la Fédération internationale continue de négocier avec les maires en vue de lancer la construction de logements de transition – des structures de 12 mètres carrés à ossature en bois – sur plusieurs petits sites de Port-au-Prince.

Inondation meurtrière

“Nous espérons bien évidemment que les gens pourront emménager à temps”, souligne Iain Logan, qui dirige les opérations de la Fédération internationale en Haïti.

“Mais, quoi qu’il en soit, la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge restent prêts à assister les gens où qu’ils se trouvent, même si cela nous oblige à patauger dans la boue… et c’est bien ce que nous risquons de devoir faire!”

Haïti a déjà subi une inondation meurtrière cette année quand des pluies torrentielles ont balayé la pointe occidentale du promontoire sud, submergeant une partie de Les Cayes sous un mètre et demi d’eau. Il semble que la catastrophe, qui a fait au moins douze victimes, ait été aggravée par l’engorgement des rigoles et autres systèmes de drainage.

Alex Wynter au Champ de Mars, Port-au-Prince

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