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Haïti : une chanson pour promouvoir l’hygiène

Un jeune garçon utilise des latrines installées par la Croix-Rouge dans le campement de La Couronne.

Un jeune garçon utilise des latrines installées par la Croix-Rouge dans le campement de La Couronne.

“Je croyais qu’il suffisait de se rincer les mains à l’eau pour ne pas tomber malade”, déclare Etoile-Marie Proud’homme, 7 ans, qui vit à La Couronne, à Port-au-Prince.

Près de 3000 personnes campent sous des abris en bâches sur ce qui était, jusqu’au tremblement de terre du 12 janvier dernier, un terrain de football. Il est midi – la chaleur est étouffante, l’air saturé de poussière. Comme dans tous les autres campements improvisés du sud de Haïti, il n’y a pas de service de ramassage des ordures et des monceaux de détritus se consument doucement à la périphérie du terrain.

“Le problème, c’est que la catastrophe a jeté une multitude de gens dans des sortes de bidonvilles, un environnement auxquels beaucoup n’étaient pas du tout habitués”, note Gaëlle Fohr, déléguée de la Fédération internationale en charge de la promotion de l’hygiène.

“Notre tâche consiste à leur expliquer des choses aussi simples que la manière de se laver les mains et d’éliminer les ordures, de leur faire comprendre comment les maladies se transmettent. Des notions élémentaires qui peuvent épargner des vies.”

Le défi pour les volontaires de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge consiste à bien faire passer les messages.

Théâtre

Des volontaires de la Croix-Rouge haïtienne animent chants et danses dans le campement de La Couronne.

Des volontaires de la Croix-Rouge haïtienne animent chants et danses dans le campement de La Couronne.

“Nous devons traiter les gens dignement”, souligne Kevin Garcia, membre de l’unité d’intervention d’urgence de la Croix-Rouge espagnole spécialisée dans l’assainissement. “Nous voulons qu’ils sentent que nous nous soucions vraiment de leur bien-être. Pour cela, il ne suffit pas de placarder des affiches ou de distribuer des tracts.”

C’est là que l’expérience de la Croix-Rouge haïtienne entre en jeu. “Les Haïtiens aiment s’habiller, chanter et danser, ils aiment le théâtre et le carnaval”, déclare Michelène Pierre, volontaire à la Société nationale. “Aujourd’hui, nous aurons une pièce de théâtre. Ou peut-être des clowns.”

Les volontaires de la Croix-Rouge commencent à chanter et à danser, les enfants s’approchent. Après des semaines de stress, c’est comme une boisson fraîche par une journée de canicule. Les messages sont simples: “Lavez-vous les mains et le corps”, “Ne touchez pas vos aliments après avoir touché des détritus”, “Ramassez les ordures”, “Travaillez ensemble”…

Epargner des vies

Une bonne centaine de volontaires de la Société nationale sont actuellement engagés dans des activités de promotion de l’hygiène et de la santé aux côtés de leurs collègues autrichiens, britanniques et espagnols. A ce jour, ils ont touché quelque 100 000 personnes dans une quarantaine de campements à Port-au-Prince.

“L’objectif est d’atteindre le demi-million d’ici la fin de l’année”, déclare Fohr.

“Nous nous sommes lancés relativement tôt dans les efforts de sensibilisation et d’éducation à l’hygiène”, observe Tamman Aloudat, coordinateur médical de la Fédération internationale pour l’opération d’assistance en Haïti. “Avec l’arrivée imminente de la saison des pluies, c’est la meilleure façon de limiter les risques de diarrhée et même de typhus. Il n’y a pas de temps à perdre.”

Shawanda Martin, mère de cinq enfants, lutte pour assurer un minimum de bien-être à sa progéniture dans l’atmosphère étouffante de La Couronne. Les gens manquent d’argent, de travail, “de tant de choses”, nous dit-elle.

Dans les campements improvisés d’Haïti, l’amélioration des conditions d’hygiène est un combat de chaque instant dont l’enjeu est vital pour les plus petits, particulièrement vulnérables aux maladies.

Dans les campements improvisés d’Haïti, l’amélioration des conditions d’hygiène est un combat de chaque instant dont l’enjeu est vital pour les plus petits, particulièrement vulnérables aux maladies.

“Aujourd’hui, au moins, mes enfants peuvent rire et s’amuser un peu. Ils auront un bon sujet de conversation.”

Devant une telle misère, théâtre, clowns et chansons peuvent sembler dérisoires, mais la raison d’être de ces animations est des plus graves: il s’agit d’épargner des vies.

Equipements
“Dans l’idéal, il faudrait que les activités de promotion de l’hygiène coïncident avec la fourniture d’équipements comme des latrines”, remarque Fohr. “C’est un sérieux défi de logistique. Comment expliquer aux gens qu’ils doivent se laver les mains s’ils sont complètement démunis?”

Farah Suzi Charles, volontaire à la Croix-Rouge haïtienne, est impressionnée par le nombre d’enfants affectés par le tremblement de terre. Il y en a partout, “si vulnérables, mais si forts”.

“C’est difficile de décrire la misère et les risques auxquels ils sont confrontés. En faisant ce travail, je me rends compte que les sourires que nous parvenons à faire naître sur leurs visages sont vitaux. Nous leur apportons un peu d’espoir – mais ils nous le rendent bien”, affirme-t-elle.

Marco Jiménez au campement de La Couronne, Haïti

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