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Haïti trois mois après: il reste tant à faire

Estagene Guerrier, 86 ans, voudrait que sa maison soit remise en état pour pouvoir se reposer et vivre dans de meilleures conditions. Photo : Lynette Nyman / Fédération internationale

Estagene Guerrier, 86 ans, voudrait que sa maison soit remise en état pour pouvoir se reposer et vivre dans de meilleures conditions. Photo : Lynette Nyman / Fédération internationale

Situé au bout d’une ruelle poussiéreuse de Port-au-Prince, le Camp Ravine Pintade tient lieu de foyer à plus de 400 familles depuis le tremblement de terre du 12 janvier. Estagene Guerrier, 86 ans, fait partie des nombreuses personnes qui dorment à l’extérieur sur des matelas ou à même le sol par crainte que les murs ne s’écroulent sur elles pendant leur sommeil. Quoi qu’il en soit, sa maison a été entièrement détruite par le séisme.

“Je ne suis pas bien”, confesse-t-elle. “J’ai mal à la tête et mes jambes sont douloureuses. Je n’arrive pas à dormir. Il faut que je fasse réparer ma maison.”

Les nuits de pluies, personne ne ferme l’oeil, l’eau s’infiltrant à l’intérieur des abris et détrempant couvertures, draps et autres effets personnels. Certains, comme Jeanne Delly, 64 ans, ne peuvent pas rester debout à attendre que la pluie cesse de tomber. Jeanne est restée prisonnière des décombres de sa maison pendant six heures. Elle a eu un bras cassé, une vilaine blessure à la jambe et elle est d’une maigreur pitoyable.

“J’ai l’impression que ma vie s’est arrêtée”, raconte-t-elle. “Je souffre et je n’ai personne.”

Sa fille et ses trois petits-enfants ont péri dans la tragédie. Son fils a survécu, mais, comme tant d’autres rescapés, elle se sent néanmoins très seule.

A Port-au-Prince, quelque 600 000 personnes vivent dans des campements improvisés et leur nombre ne cesse d’augmenter avec le retour de nombreux sinistrés qui avaient quitté la capitale aussitôt après la catastrophe. Au total, le séisme qui a ravagé le sud du pays il y a aujourd’hui trois mois a fait plus de 1,3 million de personnes déplacées.

Ce n’est que le début

Malgré la distribution de milliers de tentes, bâches et d’autres secours d’urgence, y compris des millions de litres d’eau potable et de tonnes de nourriture, beaucoup de gens sont encore cruellement démunis à Port-au-Prince et dans d’autres villes affectées, comme Léogâne et Petit-Goâve.

“Notre travail ici ne fait que commencer”, déclare Iain Logan, qui dirige les opérations de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge en Haïti. “Nous avons gravi une colline pour découvrir que l’horizon est barré de hautes montagnes.”

"Camp Ravine Pintade« pourrait facilement passer inaperçue. Environ un millier de personnes vivent ici, sous des bâches. Crédit photo: Lynette Nyman / IFRC

"Camp Ravine Pintade« pourrait facilement passer inaperçue. Environ un millier de personnes vivent ici, sous des bâches. Crédit photo: Lynette Nyman / IFRC

Cette intervention est la plus importante de l’histoire de l’organisation et la première à se dérouler essentiellement dans une ville à très forte densité de population. En plus des abris de secours, la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge ont déjà fourni des services d’assainissement, de santé, de vaccinations, de rétablissement des liens familiaux et de soutien psychosocial à quelque 400 000 sinistrés.

“Tout cela malgré d’énormes difficultés sur le plan de la logistique et de la coordination”, souligne Logan.

Ces résultats tiennent pour beaucoup à l’étroite coopération qui s’est établie entre la Croix-Rouge haïtienne et ses partenaires de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge du monde entier. Des délégués de plus de trente pays sont en effet venus épauler les centaines de volontaires et d’employés de la Société nationale mobilisés pour porter secours à une population qui leur accorde une confiance pleine et entière.

La Fédération internationale a décidé de prolonger jusqu’à la fin de l’année la phase d’urgence de son assistance. Tout au long des mois à venir, elle continuera donc d’assurer des services d’approvisionnement en eau et d’assainissement, de santé et autres formes de secours aux rescapés de la tragédie. Les efforts de relèvement comprendront la construction d’abris de transition, des activités de soutien des moyens de subsistance, la mise en place de stocks de secours d’urgence et des programmes de formation visant à renforcer la capacité de la Croix-Rouge haïtienne à répondre à de futures catastrophes.

Manque d’espace

Ernso St. Louis, 27 ans, vit sur un affleurement rocheux rebaptisé ‘Camp Neptune’. Sa chemise soigneusement repassée témoigne de la dignité qu’il a su préserver dans des conditions extrêmement difficiles. Comme tous ceux qui l’entourent, il dispose d’environ un mètre carré d’espace personnel – et il risque même d’en être privé.

“Le campement se trouve sur un terrain privé et le propriétaire peut nous expulser à tout moment”, explique-t-il.

Ernso s’est engagé au sein du comité du camp afin d’améliorer les conditions d’existence des résidents. Ceux-ci disposent de commodités de base telles qu’abris, eau et toilettes, mais ils souhaiteraient que le gouvernement aide à déblayer les décombres, ce qui contribuerait à redonner aux gens un peu d’espoir dans leur avenir.

Jeanne Delly, 64 ans, a eu un bras cassé et une jambe blessée lors du tremblement de terre, ce qui lui rend pénible la station debout lorsqu’il faudrait s’abriter de la pluie. Photo : Lynette Nyman / Fédération internationale

Jeanne Delly, 64 ans, a eu un bras cassé et une jambe blessée lors du tremblement de terre, ce qui lui rend pénible la station debout lorsqu’il faudrait s’abriter de la pluie. Photo : Lynette Nyman / Fédération internationale

“Une fois qu’on aura fait le premier pas, ils pourront entreprendre de reconstruire leurs maisons”, explique Ernso. “Plus vite les rescapés pourront retourner là où ils vivaient avant la tragédie, mieux ce sera.”

Les abris de transition permettront à certains de quitter les tentes ou abris en bâches sous lesquels ils campent actuellement. La Croix-Rouge et le Croissant-Rouge et leurs partenaires de groupe sectoriel vont bâtir jusqu’à 120 000 structures provisoires suffisamment robustes pour durer plusieurs années, en attendant de nouvelles habitations permanentes. Quoi qu’il en soit, cette énorme opération de relèvement ne constituera qu’une solution transitoire dans la reconstruction de Port-au-Prince, une ville qui joue un rôle essentiel dans la vie économique et culturelle de la nation.

“La capitale servira de terrain d’essai pour tout le pays”, souligne Logan. “Si nous faisons du bon travail ici, alors nous pourrons faire du reste de Haïti un meilleur endroit où vivre.”

Lynette Nyman, Fédération internationale, Port-au-Prince, Haïti

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