Interview de Bekele Geleta

designer | juin 29th, 2010 - 8:52

“Je pense que cette catastrophe aura à long terme des effets positifs.”

Le Secrétaire général de FICR, la Présidente de la CRH et le représentant de la FICR basé à Panama.

Le Secrétaire général de la FICR, la Présidente de la CRH et le représentant de la FICR basé à Panama.

Le secrétaire général de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Bekele Geleta, a eu une série de

réunions à haut niveau avec les autorités haïtiennes durant sa visite de quatre jours à Port-au-Prince. C’était la seconde fois que Bekele se rendait sur place depuis le tremblement de terre qui a ravagé la capitale et ses environs le 12 janvier dernier. Claire Doole, coordinatrice de la communication pour la Fédération internationale, a interviewé le secrétaire général au terme de sa mission.

Quel était le but de votre visite ?

Je dois veiller à la fluidité de la transition entre notre opération d’urgence et nos programmes de relèvement à long terme. Durant les trois premiers mois, nous avions 21 unités d’intervention d’urgence composées de spécialistes du monde entier. Cette phase s’est déroulée de manière extrêmement satisfaisante, mais, à présent, nous devons nous organiser pour assurer la relève. Pour ce faire, une des principales difficultés consiste à trouver des personnes qualifiées en nombre suffisant.

Par ailleurs, il nous faut renforcer le dialogue avec les autorités nationales, car nous allons devoir transmettre certaines de nos activités au gouvernement, à la Croix-Rouge et aux communautés locales, et conclure certains programmes d’urgence qui ont rempli leurs objectifs.

Enfin, nous devons nous assurer que nous continuons d’aller dans la bonne direction.

Qu’est-il ressorti des réunions à haut niveau que vous avez tenues avec les dirigeants haïtiens ?

Les dirigeants des Sociétés de la Croix-Rouge haïtienne, américaine et canadienne et moi-même avons eu des discussions très fructueuses avec le Président et le directeur de cabinet du Premier Ministre. Ils éprouvent pour notre Mouvement le plus grand respect et une totale confiance, mais souhaitent tout naturellement que le rythme du relèvement continue de s’accélérer et que toutes les organisations engagées dans cet effort coordonnent plus étroitement leurs activités avec la stratégie de relèvement et de reconstruction du gouvernement.

Comment évolue la question des terrains ?

Le Secrétaire général à la clinique finlandaise.

Le Secrétaire général à la clinique finlandaise.

Nous devons être réalistes. Tous les espaces utilisables à l’intérieur de la capitale sont occupés par des campements improvisés ou par des habitations dont beaucoup sont endommagées, voire en ruine. Dans ces conditions, où le gouvernement pourrait-il bien trouver des terrains? Les gens ne peuvent pas être déplacés en masse hors de la ville vers des endroits dépourvus de services, d’activité économique, d’infrastructure sanitaire et éducative.

Nous avons bon espoir que la Croix-Rouge obtienne un peu de terrain, en quantité limitée toutefois. Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons pas nous permettre de rester les bras croisés en attendant que les solutions nous tombent du ciel. Nous devons trouver des solutions avec les communautés qui vivent dans les campements.

Combien de temps encore la Croix-Rouge va-t-elle fournir une aide d’urgence et quand le relèvement démarrera-t-il ?

Nous continuerons d’assurer une aide d’urgence pendant un an encore. Cependant, le relèvement est déjà en cours. Des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge s’emploient à construire des abris de transition dans les zones sinistrés en dehors de Port-au-Prince et la Fédération internationale fait de même dans la capitale. Depuis le tremblement de terre, nous livrons de l’eau par camions dans les camps, mais, d’ici six mois, nous prévoyons de transférer cette responsabilité aux pouvoirs publics. Pour être en mesure d’assumer pleinement son rôle et ses tâches dans le domaine de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement, l’autorité gouvernementale compétente – la Dinepa – aura besoin d’un soutien assidu pendant trois à cinq ans.

Combien de temps la Fédération internationale restera-t-elle présente en Haïti pour épauler la Croix-Rouge haïtienne ?

Nous étions présents en Haïti depuis de nombreuses années, tout comme certaines Sociétés nationales et le Comité international de la Croix-Rouge. La Fédération internationale prévoit de maintenir sa présence pendant cinq à dix ans encore, mais notre soutien dépendra essentiellement du développement de la Croix-Rouge haïtienne: plus ses capacités se renforceront, moins elle aura besoin de notre concours.

Un mois après le tremblement de terre, vous parliez de la tragédie d’Haïti comme d’une “opportunité à saisir”. Quelles vous semblent être les opportunités qui se présentent aujourd’hui ?

Le Secrétaire général à Cité-Soleil.

Le Secrétaire général à Cité-Soleil.

Les Haïtiens ont subi des pertes tragiques en termes d’existences et de moyens de subsistance. A l’avenir, toutefois, ils seront mieux préparés à faire face à des catastrophes grâce au renforcement des ressources technologiques et humaines. La Croix-Rouge haïtienne émergera plus forte qu’avant la catastrophe sur le plan des compétences, de l’infrastructure, des systèmes, de la redevabilité, du volontariat et des capacités.

C’est pourquoi je pense que cette catastrophe aura à long terme des effets positifs.

Le relèvement et le développement prennent du temps. Six mois ne suffisent pas à mettre en évidence des résultats spectaculaires, mais les progrès existent bel et bien. Quand je suis venu en janvier, la situation était épouvantable. Aujourd’hui, les gens ne vivent plus à ciel ouvert dans les rues.

Un de nos problèmes tient au fait que nous n’avons pas suffisamment communiqué sur la difficulté qu’il y a à reconstruire une capitale dans laquelle de multiples édifices ont été détruits et dont l’infrastructure présentait déjà de sérieuses faiblesses. Les catastrophes en milieu urbain sont extrêmement complexes. Celle-ci offre l’occasion d’apporter des améliorations majeures à une ville qui en a cruellement besoin, tout en donnant aux sinistrés les moyens d’agir sur leur environnement et en veillant à ce qu’ils soient des partenaires à part entière de leur propre relèvement.

Quel message souhaitez-vous envoyer aux 1,5 millions de Haïtiens affectés par la catastrophe ?

Nous sommes conscients que leurs conditions d’existence restent très difficiles, notamment face à la saison des ouragans. Dès que la reconstruction sera en route, toutefois, les choses vont nettement s’améliorer. Nous en voyons déjà les premiers signes. Aujourd’hui même, j’ai visité dans un campement une clinique soutenue par la Croix-Rouge finlandaise, mais entièrement administrée par des médecins et infirmiers haïtiens. Ils nous ont expliqué qu’il n’y avait jamais eu auparavant de clinique dans ce quartier et que, pour la première fois, les habitants bénéficient gratuitement d’eau potable et de soins de santé. Le processus de relèvement prendra des années – peut-être même une génération – mais nous serons avec vous et avec votre Société nationale, la Croix-Rouge haïtienne, tout au long des étapes de ce difficile cheminement.

LÉGENDES :

  1. Le secrétaire général de la Fédération internationale, Bekele Geleta, en compagnie de Xavier Castellanos, du bureau de Panama et de Michaële Amédée Gédéon, présidente de la Croix-Rouge haïtienne, au camp de base de Port-au-Prince, Haïti.
  2. Le secrétaire général de la Fédération internationale, Bekele Geleta, en compagnie de Marcel Fortier, chef de la délégation, à la clinique de la Croix-Rouge finlandaise dans le camp de La Piste, à Port-au-Prince.
  3. Le secrétaire général de la Fédération internationale, Bekele Geleta, en compagnie de Marcel Fortier, chef de la délégation, de Xavier Castellanos, du bureau de Panama et de Stephen McAndrew, chef des opérations de la Fédération internationale, à la clinique de la Croix-Rouge finlandaise dans le camp de La Piste, à Port-au-Prince.
  4. Le secrétaire général de la Fédération internationale, Bekele Geleta, en compagnie de Valerie Vekougstraete, du département abris de la Fédération internationale, à l’Annexe de la Mairie à Cité Soleil (Port-au-Prince), où la Fédération internationale construira 500 abris de transition pour des habitants de campements improvisés.
  5. Le secrétaire général de la Fédération internationale, Bekele Geleta, au camp de base de Port-au-Prince, Haïti.
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